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Le droit du plus fort

Dernière mise à jour : 23 avr. 2021






" Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit, et l'obéissance en devoir.De là le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence,et réellement établi en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vols point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ?

Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu'il n'en résulte qu'un galimatias inexplicable; car, sitôt que c'est la force qui fait le droit, l'effet change avec la cause : toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéir impunément, on le peut légitimement ; et, puisque le plus fort à toujours raison, il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort.

Or, qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse? S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir; et si l'on n'est plus forcé d'obéir, on n'y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout.


Obéissez aux puissances. Si cela veut dire : Cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu ; je réponds qu'il ne sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l'avoue; mais toute maladie en vient aussi : est-ce à dire qu'il soit défendu d'appeler un médecin? Qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois, non seulement il faut par force donner sa bourse; mais quand je pourrais la soustraire, suis-je en conscience obligé de la donner?

Car enfin, le pistolet qu'il tient est une puissance. Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu'on n'est obligé d'obéir qu'aux puissances légitimes."


Jean-Jacques Rousseau , Du contrat social ( Livre I )

1. Faîtes un tableau qui distingue "obéir à la force" et "obéir en conscience" . Classez tout ce qui dans le texte entre dans cette distinction.


Obéir à la force

puissance physique

nécessité

céder

prudence

prétendu droit


Obéir en conscience

Moralité

Volonté

Devoir

Puissances légitimes


2. L'exemple de la maladie et du brigand servent à démontrer quelque chose sur la force, mais quoi ?


Lorsque je cède au brigand ou lorsque je suis affaibli par la maladie , dans tous les cas , je suis dans un rapport de force , avec le corps d'autrui ( renforcé par une arme) , ou avec mon propre corps affaibli par la malade . Or , qu'est-ce que la force si ce n'est une puissance physique donc naturelle? La force est une réalité strictement naturelle qui s'exerce sur nous avec nécessité. Mais comme le montre Rousseau , si nous sommes nécessairement dominé par une plus grande force que la nôtre ( un homme armé ou une puissante fièvre qui nous force à rester au lit ) , nous ne nous y soumettons pas volontairement. On le fait par nécessité , ce n'est pas un choix volontaire. En revanche ce que nous pouvons faire volontairement , c'est porter plainte contre le brigand et se soigner pour contrer la maladie. Subir la force de la nature ce n'est pas agir selon sa volonté.


3. Que pouvez-vous conclure sur la différence entre la contrainte et la vraie obéissance (l'obligation) ?


La contrainte désigne simplement le fait d'être soumis nécessairement à une force plus grande que la sienne . De même qu'on ne peut pas se défendre contre plus fort que soi , on est contraint de se soumettre à un pouvoir dictatorial , à un despote dont on sait qu'il n'hésitera pas à déployer toute la force de l’État si on n'exécute pas ses ordres. Ce ne sont pas à ses lois que nous nous soumettons , c'est à sa force démesurément supérieure à la nôtre. On s'y soumet par nécessité , pour rester en vie .


L'obligation est la vraie obéissance , c'est celle à laquelle on a affaire ( en théorie) dans un État républicain. Ainsi , on n'est pas vraiment contraint de payer ses impôts , on les paie car la règle selon laquelle chacun doit contribuer selon ses moyens au financement des biens communs ( école, hôpital) nous semble juste , morale . C'est en conscience qu'on choisit volontairement de faire notre devoir . D'ailleurs cette règle fiscale issue de la constitution française ( Déclaration des droits de l’homme et du citoyen) a été approuvée par référendum , elle n'a pas été imposée. On obéit en conscience , librement parce que la règle nous semble juste : on fait son devoir.



4. Qu'est-ce que la vraie justice ? Utilisez les termes "légal" et "légitime".


La vraie justice ne consiste pas à se contenter de demeurer conforme à la loi. Pendant la ségrégation aux États-Unis , il était légal et obligatoire de laisser sa place à un blanc dans un bus. Rester dans la légalité , ce n'est pas rester juste nécessairement .

Légal : conforme à la loi .

La vraie justice est constituée de loi légitimes c'est à dire des lois qui respectent certains principes moraux . Ainsi , si la désobéissance de Rosa Parks était illégale , elle n’était pas illégitime. L'idéal de la justice est de proposer des règles qui font écho à notre conscience morale. On peut encore une fois considérer que le principe de la fiscalité dans l’État républicain est légitime .

Légitime : conforme au bien .




 
 
 

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