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(T.Gnrles) Peut-on parler de nature humaine ?

Dernière mise à jour : 5 mai 2020


Levi van Velow, Landscape, 2008




Peut-on parler de nature humaine ?



Nous avons commencé ce cours avant les vacances . Les parties I et II sont déjà vues. Lisez les textes qui sont joints à ce cours pour vous rappeler ce qui a été vu précédemment. Je ne vous demande que de lire et non d'apprendre ces textes . Ensuite vous pouvez commencer à lire la troisième partie du cours .


I. L'homme est un loup pour l'homme.


"Si deux hommes désirent la même chose alors qu'il n'est pas possible qu'ils en jouissent tous les deux, ils deviennent ennemis: et dans leur poursuite de cette fin (qui est, principalement, leur propre conservation, mais parfois seulement leur agrément), chacun s'efforce de détruire ou de dominer l'autre. Et de là vient que, là où l'agresseur n'a rien de plus à craindre que la puissance individuelle d'un autre homme, on peut s'attendre avec vraisemblance, si quelqu'un plante, sème, bâtit, ou occupe un emplacement commode, à ce que d'autres arrivent tout équipés, ayant uni leurs forces, pour le déposséder et lui enlever non seulement le fruit de son travail, mais aussi la vie ou la liberté. Et l'agresseur à son tour court le même risque à l'égard d'un nouvel agresseur. Du fait de cette défiance de l'un à l'égard de l'autre, il n'existe pour nul homme aucun moyen de se garantir qui soit aussi raisonnable que le fait de prendre les devants, autrement dit, de se rendre maître, par la violence ou par la ruse, de la personne de tous les hommes pour lesquels cela est possible, jusqu'à ce qu'il n'aperçoive plus d'autre puissance assez forte pour le mettre en danger. Il n'y a rien là de plus que n'en exige la conservation de soi-même, et en général on estime cela permis. [...] Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun".

Thomas Hobbes, Léviathan (1651)


II. L'homme est pacifique par nature .


« La pitié est un sentiment naturel qui, modérant dans chaque individu l’activité de l’amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l’espèce. C’est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir ; c’est elle qui, dans l’état de nature, tient lieu de lois, de mœurs et de vertu, avec cet avantage que nul n’est tenté de désobéir à sa douce voix ; c’est elle qui détournera tout sauvage robuste d’enlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs ; c’est elle qui, au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée : Fais à autrui comme tu veux qu’on te fasse, inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente : Fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible. C’est, en un mot, dans ce sentiment naturel, plutôt que dans des arguments subtils, qu’il faut chercher la cause de la répugnance que tout homme éprouverait à mal faire, même indépendamment des maximes de l’éducation. »


Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes,1755.


III Il n'y a pas de nature humaine .


A. L'essence et l'accident


Vous devez maîtriser l'opposition entre les notions d'essence et d'accident :

Essence : ce qui appartient nécessairement à un être.

Accident : modifications superficielles d'un être.


Par exemple :

-Il est essentiel que les quatre côtés d'un carré soient égaux et que ses quatre angles soient droits.

-Selon Aristote, l'homme est par essence un animal raisonnable, mais il est accidentellement un bipède sans plume.


Cette opposition permet de comprendre comment Rousseau et Hobbes ont procédé pour répondre à la question d'une possible « nature humaine » : ils ont tenté de penser un homme en lui ôtant toutes ses qualités accidentelles pour atteindre son essence, c'est à dire une définition universelle de la nature humaine antérieure à toute modification d'ordre culturel. Cette définition , on l'appelle l'état de nature. C'est une hypothèse philosophique qui permet de conduire une réflexion morale et politique.

Deux choses sont alors identifiées comme des propriétés essentielles de l'homme :

La loi naturelle : tous les hommes veulent se conserver , agir en vue de leur conservation. Ce n'est pas un choix , cela s'impose à tout homme.

Le droit naturel : ici par droit on veut simplement dire « liberté naturelle», les hommes envisagent et mobilisent tous les moyens à leur disposition pour se conserver.



Problème :


Les conceptions de l'état de nature sont malgré leur points communs :

-des conceptions divergentes.

-des édifices intellectuels qui décrivent des états qui ne sont pas des états historiques de l'humanité. Cela est particulièrement clair chez Rousseau.


Cette divergence n'est-elle pas la preuve du caractère insoluble du problème de la nature humaine ? Puisque l'histoire ne donne jamais une forme identique de l'humanité mais des hommes et des cultures diverses , y a -t-il réellement une essence de l'homme ? L'homme n'est-il pas toujours ( et déjà) un être culturel et donc différencié des autres?


B. L'homme produit librement son essence .


Jean-Paul Sartre est un philosophe français du XXie siècle qui s'est intéressé à la question de la nature humaine en prenant la liberté comme une donnée unique , irréductible et fondamentale : l'homme est liberté , il est radicalement libre et c'est cette liberté qui rend impossible l'attribution d'une nature ou d'une essence ( c'est à dire d'une définition de l'homme avant même qu'il n'accomplisse un acte) . On ne peut rien dire d'un homme , on ne connaît jamais son essence tant qu'il n'a pas existé . Ce sont ses actes , ses choix (tout ce qu'il produit librement) qui vont constituer les éléments de son existence et qui finiront par révéler son essence.

La philosophie existentialiste réfute l'idée d'une nature ou d'une essence préexistante qui viendrait prédéterminer l'existence humaine. On refusera aussi de parler de l'homme comme d'une réalité universelle ( sauf pour dire que l'homme est libre) puisque ce qu'un homme peut être ( son essence) ce sont ses actions issues de choix libres (son existence) qui le détermineront.



a. Existence et essence.


Lisez cet extrait :


"Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme."


Jean-Paul Sartre , L'existentialisme est un humanisme ( 1946)





Questions à préparer :


1. Nous disions que les conceptions de l'état de nature étaient divergentes ; veuillez rappeler ces divergences.

2. En lisant le texte ci-dessus , pouvez-vous expliquer la distinction entre essence et existence ?



 
 
 

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