HLP Séance 8 : Représenter le monde par le mythe.
- Laleetha Yale
- 21 mars 2020
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 mai 2020

(image libre de droit)
Les mythes sont des représentations fictives mais sensées du monde.
Mythe vient du grec muthos : suite de paroles qui ont du sens. Le mythe est faux mais il doit tenter d'expliquer un phénomène du monde en étant compréhensible de tous.
Pour être plus précis , le dictionnaire de l'Académie désigne par mythe un récit relatant des faits imaginaires , transmis par la tradition et mettant en scène des êtres représentant symboliquement des forces physiques, des généralités d'ordre philosophique, ou social.
Par exemple : le jaguar et Prométhée sont des symboles de la technique.
Le mythe est un fait de civilisation , il a une valeur pour une communauté qui tient à le transmettre.Ces récits peuvent sembler enfantins ou primitifs,mais on aurait tort de croire que ces représentations du monde sont sans portée intellectuelle .
A. Diversité des représentations mythiques et permanence de leurs structures logiques.
Les Mythologiques (1964) : dans cette œuvre ,le philosophe Claude Lévi-Strauss a mis au jour des structures logiques qu'il qualifie d'universelles dans les mythes.
Méthode : Sélectionner un mythe et le comparer à toute une série de mythes afin de savoir s'il y a des structures communes .
A. 1. Étude de près de 1000 mythes des peuples amérindiens .
C.L-S compare les mythes produits par divers peuples vivant au Brésil : ils ne parlent pas la même langue , ils n'ont pas les mêmes traditions ni les mêmes techniques.Toutefois, l'étude des mythes amérindiens laisse apparaître une logique concrète commune dans la « pensée sauvage» : l'opposition du cru et du cuit / de sec et du pourri /le fermé et l'ouvert/ le plein et le creux.
A.2. Comparaison de mythes issus d'ères civilisationnelles distinctes.
L'étude comparée des mythes dans des civilisations distinctes donne des résultats assez similaires :
Le mythe de Prométhée ( Grèce antique)
Le mythe du jaguar ( peuple Bororo , Brésil)
Un adulte veut punir un jeune garçon qui a commis une faute dans sa communauté .Il est isolé sur un plateau rocheux et doit capturer des Ara ( perroquets).

(Image libre de droit)
Incapable de s'échapper de son rocher , l'enfant maigrit , dévoré par la faim. Un jaguar qui porte un arc , des flèches et du gibier , le sauve . Une fois à l'abri chez le Jaguar , le garçon découvre que c'est en fait une sorte d'humain qui possède la technique : il mange de la nourriture cuite , de la viande grillée , il trouve cela délicieux. Le garçon apprend donc la maîtrise du feu et la technique de la cuisson . Une grande affection lie le jaguar et l'enfant mais un jour , une dispute entre l'enfant et la femme du jaguar éclate . L'enfant tue la femme et s'enfuit . Il rentre dans son village, raconte son histoire et les villageois décident d'aller voler le feu. Grâce à cette technique , au village désormais on pourra s'éclairer , manger de la viande cuite , et se réchauffer.
Se sentant trahi par le garçon qu'il aimait comme un fils , le jaguar décide de renoncer à ses techniques , il se met à chasser avec ses crocs et à manger de la viande crue .

(image libre de droit)
Permanence des structures :
-Ces deux mythes traitent du passage de la nature à la culture par l'intermédiaire du feu .
-Comme Prométhée , le garçon vole le feu pour le ramener à des hommes souffrant de leur condition naturelle et misérable .
-Comme dans le mythe de Prométhée on retrouve un démiurge amical qui conclut une alliance avec un humain .
Démiurge : La figure du démiurge est inventée par Platon dans le Timée , il s'agit du créateur de l'univers . Par analogie on appelle démiurge un être doté d'un grand pouvoir de création. Prométhée et le jaguar sont des démiurges par leur puissance technique.
=> Il y a donc une deuxième signification des mythes, au delà de l'histoire qu'ils racontent : Malgré les variantes, les représentations mythiques du monde semblent obéir à des structures logiques universelles.
B. Le mythe comme représentation critique du monde réel .
Utopie : représentation idéale du monde. C'est le monde tel qu'on voudrait qu'il soit.
Dystopie : représentation cauchemardesque du monde . C'est le monde tel que l'on voudrait qu'il ne devienne pas.
B.1 Le mythe de l'Atlantide .
TEXTE :
«Les dieux divisèrent, par tirage au sort, toute la terre en lots, plus grands ici, plus petits ailleurs. Poséidon[dieu de la mer] installa, en certain lieu de cette île, les enfants qu'il avait engendrés d'une femme mortelle (...) sur une montagne habitait alors un des hommes qui, dans ce pays-là, étaient à l'origine nés de la terre. Son nom était Événor, et il vivait avec une femme, Leucippe. Ils donnèrent naissance à une fille unique, Citô (...)Poséidon la désira et s’unit à elle. Or, la hauteur sur laquelle elle vivait, le dieu la fortifia et l'isola en cercle. À cet effet, il fit des enceintes de mer et de terre, petites et grandes (...) Poséidon embellit l'île, il fit jaillir deux sources d’eau, l’une chaude, l’autre froide, et fit pousser sur la terre des plantes nourricières de toute sorte. Là, il engendra et éleva cinq générations d'enfants mâles et jumeaux. Il divisa l'île Atlantide en dix parties. L’aîné devint roi, au-dessus de tous les autres. Il fit de ceux-ci des princes vassaux (...) À tous, il imposa des noms: le plus ancien, le roi, reçut le nom qui a servi à désigner toute cette île et la mer qu'on appelle Atlantique, parce que le nom du premier roi fut Atlas.»
—Platon, Critias, 113b
«Les rois avaient des richesses en telle abondance que jamais sans doute avant eux nulle maison royale n'en posséda de semblables et que nulle n'en possédera aisément de telles à l'avenir. L'île leur fournissait tous les métaux durs ou malléables [vraisemblablement le plomb et l'étain] que l’on peut extraire desmines. En premier lieu, celui dont nous ne connaissons plus que le nom, (...) l’orichalque[l'airain, ou cuivre pur]; c'était le plus précieux, après l'or, des métaux qui existaient en ce temps-là. L'île fournissait avec prodigalité tout ce que la forêt peut donner de matériaux propres au travail des charpentiers. De même, elle nourrissait en suffisance tous les animaux domestiques ou sauvages. Elle donnait encore et les fruits cultivés, et les graines qui ont été faites pour nous nourrir et dont nous tirons les farines. Ainsi, recueillant sur leur sol toutes ces richesses, les habitants de l'Atlantide construisirent les temples, les palais des rois, les ports.»
—Platon, Critias, 114d
«Pendant de nombreuses générations, les rois écoutèrent les lois et demeurèrent attachés au principe divin auquel ils étaient apparentés, mais quand l'élément divin vint à diminuer en eux, par l'effet du croisement avec de nombreux mortels. Ils tombèrent dans l’indécence...»
Platon, Critias, 121a-b
Question d'interprétation :
Dans quelle mesure la représentation de ce monde mythique constitue-t-elle une critique du monde réel?
INTRODUCTION
Ce texte est composé d'extraits du Critias, célèbre dialogue de Platon dans lequel est décrite la mythique cité de l’Atlantide. Cette cité aurait été engloutie sous les eaux il y a des milliers d’années mais elle reste marquante pour le lecteur car il s’agit d’un monde idéal où des hommes vivent un âge d’or sur une île prodigue de toute sorte de richesses . Mais cette vie bienheureuse finit par tomber en décadence. Les causes de cette chute sont politiques, morales et religieuses, elles ne diffèrent en rien des difficultés que l’on connaît dans le monde réel et actuel. Il faudrait donc se demander s’il n’y a pas dans cette description utopique d’un monde un avertissement dissimulé à l’adresse du lecteur du monde réel.
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1.
Selon Platon, les premiers rois des Atlantes furent d’origine mixte : ils descendent du dieu Poséidon et de Clito, une simple mortelle. La déchéance des Atlantes serait l’effet du nombre croissant de mortels dans la lignée royale : "l'effet du croisement avec de nombreux mortels". On comprend bien qu’il s’agit là en somme d’une déchéance de la race des Atlantes qui peu à peu perd de sa part divine : plus elle s'humanise et plus sa fin approche. Mais pourquoi les mortels , que nous sommes, seraient-ils incapables de bien exercer le pouvoir ?
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2.
Il faut se demander ce qu'il y a de condamnable précisément dans l'attitude des hommes lorsqu'ils sont au pouvoir. Pour répondre , le monde réel ne manque pas de cas : cupidité , arrogance , égoïsme , violence et corruption , tout se passe comme si les hommes étaient trop limités pour ne pas tomber dans l'immoralité, « l'indécence » et pour ne pas faillir à leurs devoirs. Au fond , la description de la chute des Atlantes est une critique de la fragilité humaine menant à la déchéance morale puis politique des cités. Il y a une part de l'homme , sa conscience morale , son attachement pour le bien commun qui peut être assimilée au «principe divin » évoqué par le texte . Cette part divine est celle qui nous permet de rester attachés aux lois et finalement c'est elle qui permet de faire le bien de tous. Le mythe de l'Atlantide est pessimiste en ceci qu'il laisse penser que cet élément divin est trop faible pour compenser les vicissitudes de l'homme .
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Ce mythe est donc aussi une critique morale et politique : Les hommes n'ignorent pas les bonnes règles de conduite de la cité mais ils sont souvent trop faibles , trop humains , pour respecter de telles règles.

Merci à Nattie Carré

Merci à Magali Tapsal

Merci à Noémi Chotard

Merci à Valentin Derouet

Merci à Naïma Payet



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