top of page

(T.Techno): Faut-il être vertueux pour être heureux?

Dernière mise à jour : 8 avr. 2020

Introduction


On appelle vertu la force en soi qui permet de maîtriser ses désirs . Or , maîtriser ses désirs, s'empêcher, n'est-ce pas justement cela qui produit de l'insatisfaction et qui rend malheureux ? Si on comprend le bonheur comme un état dans lequel on serait en mesure de réaliser tous nos désirs, alors oui la vertu serait un vrai malheur. Mais il s'agit là d'un bonheur idéal , dans un monde imaginaire .

Dans le monde réel , avec ses contraintes et ses limites ( par exemple les maladies ) ,on ne peut pas toujours faire ce que l'on désire. Le monde réel a un ordre dont on ne décide pas et il faut en tenir compte lorsque l'on fait des choix. Dans ce cas , est-ce que la vertu n'est pas un guide qui permet de bien s'orienter dans le monde tel qu'il est ? Pour atteindre le bonheur dans ce monde , la vertu ne peut-elle pas servir de guide afin de ne désirer que ce qui est vraiment bon ? Ne faut-il pas savoir se maîtriser pour être satisfait durablement dans le monde réel ?


La figure qui sert de modèle à la vertu , c'est l'homme tempérant que l'on va étudier pour commencer . On l'opposera ensuite à l'homme incontinent pour savoir lequel des deux est le plus heureux . On comparera ensuite la vertu et l'imagination car ce sont deux manières d'accéder à un certain bonheur. Cela permettra de conclure que c'est bien la vertu qui est la plus préférable pour accéder au bonheur.


La figure qui sert de modèle à la vertu , c'est l'homme tempérant que l'on va étudier pour commencer.

Qu'est-ce que la vertu et quel est le bonheur que l'on obtient grâce à elle ?

Dans le Phèdre de Platon, l'âme humaine est décrite selon une métaphore comme un attelage ailé. La raison , représentée par le cocher , cherche à s'élever , mais elle doit pour cela maîtriser le corps et ses désirs qui sont représentés par deux chevaux : Epithumia et Thumos. Thumos est un cheval fier, courageux , il désire montrer sa valeur et être admiré . Epithumia désire jouir seulement et sans entraves , il aime la nourriture, la boisson, la sexualité et il ne sait pas s'arrêter ; C'est un cheval colérique qui ne supporte pas d'être limité.

L'homme vertueux est celui qui est capable de mettre son âme dans une tension telle que la raison parvient à maîtriser ces désirs. Il agit toujours après avoir réfléchi ses désirs et il ne se laisse pas dominer par eux . On dit aussi que c'est un tempérant , un homme modéré , mesuré. Platon compare aussi un tel homme à un tonneau fabriqué par les meilleurs artisans , n'ayant aucun défaut : une fois rempli , il reste plein . Autrement dit , quand on est vertueux on n'est pas tourmenté en permanence par un sentiment de vide , par le désir . On sait aimer ce que l'on a et s'en contenter.

Cela ne veut pas dire que l'on ne désire pas , cela veut dire qu'on sait reconnaître quand on a eu assez , quand on a atteint ses limites. La vertu est à la fois une force , et une intelligence. Le bonheur de la personne vertueuse s'apparente au calme et à la sérénité de celui qui sait comment ne pas se laisser dominer par les désirs.


Il semble donc que oui pour être heureux il faut être vertueux. Mais est-ce là la seule méthode? Ne peut-on pas librement choisir ses propres méthodes pour le bonheur ? Faut-il nécessairement faire cet effort de vertu ou peut-on laisser libre cours à ses désirs et atteindre le bonheur?




Dans le Gorgias, on se souvient du personnage de Calliclès , assimilé à un tonneau percé par Socrate parce qu'il est toujours désirant : se passe comme s'il était toujours vide quoiqu'il obtienne de ses désirs. Calliclès défend une pensée du bonheur proche de la force : l'homme heureux ce n'est pas celui qui a assez de vertu pour se maîtriser mais celui qui a la force d'assumer ses désirs quels qu'ils soient . Le bonheur dépendrait de la capacité à réaliser ses désirs . Il faudrait donc être fort , riche , avoir la chance d'être en bonne santé pour être heureux , au fond la conception du bonheur de Calliclès est très proche du simple fait d'avoir de la chance . Il n'y aurait pas non plus de bons et de mauvais désirs , il n 'y aurait que la force de les réaliser . On devine tout ce qu'une telle conception peut avoir d'injuste et la quantité de malheur qu'elle implique. Le dictateur qui impose ses ordres à son peuple n'est-il pas heureux du mal qu'il fait aux autres ? Le roi Ubu dans la pièce d'Alfred Jarry n'est-il pas heureux d'obtenir le pouvoir en faisant assassiner ses concurrents ? Et son bonheur n'est-il pas de courte durée puisqu'il y a auprès de lui une personne encore plus forte, sa femme , qui finira par le ruiner et le chasser du pouvoir .

Que penser alors de la définition de Calliclès ? Sa conception est fragile car si c'est le plus fort qui est le plus heureux , alors, non seulement il faudrait être prêt à être injuste pour être heureux mais aussi être prêt à se soumettre à plus fort que soi , car il y a toujours plus fort que soi.



 
 
 

Commentaires


Post: Blog2_Post

Formulaire d'abonnement

Merci pour votre envoi !

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn

©2020 par Cours de philosophie pendant le confinement. Créé avec Wix.com

bottom of page